19/08/2006

Vues du Verger des Dix Bonniers et toponymie des zones avoisinantes

 

Vue générale du verger des Dix Bonniers avec, en toile de fond, la réserve naturelle de Viesville.

 Les "Dix Bonniers "et les noms des lieux voisins ( toponymes ). 

 

Les toponymes souvent évoluent dans le temps mais aussi dans leurs localisations spatiales.

En particulier, la représentation de Viesville dressée par Ferraris (Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens 1771-1778), aussi peu précise et parfois fantaisiste qu'elle soit, mentionne nombre de toponymes dont le sens et la localisation sont totalement étrangers aux habitants actuels, même parmi les plus anciennes générations.

L'exemple le plus flagrant à Viesville est celui du massif boisé de l'Epaisse Taille (15 ha) n'évoquant absolument rien pour les anciens du village qui le connaissent actuellemnt sous le nom de la "Berlaye" . L'Institut géographique national, vient assez récemment de ressusciter le toponyme Epaisse Taille, mais le lieux-dit est à présent localisé nettement plus au nord qu'à l'origine, aux confins de Faya et de la Bowette, en contradiction totale avec les matrices cadastrales anciennes et actuelles. 

 

 

 

Lès Dîs Bounîs : les Dix Bonniers

 

 

Ce toponyme désigne actuellement un ensemble de terres situées à droite de l’ancienne rue de la Chaussée, anciennement  Chemin des Epaisses Tailles, et comprises entre la rue des Petits Sarts et l’assise de l’ancienne ligne de chemin de fer menant de Luttre à Gosselies.

 A l’origine, ce nom fut donné à une vaste parcelle agricole de 10 bonniers de Viesville. le bonnier de Viesville qui valait un peu moins d’un hectare, était équivalent au bonnier de Liège. Cette terre, mise en culture depuis certainement le dix-huitième siècle, s’étendait à flanc de vallée entre le bord du ruisseau Tintia et la partie la plus basse des terres actuellement ainsi dénommées.

 

 
La vallée du Tintia avec , sur la gauche , à flanc de colline, les "Dix Bonniers",  et , parallèle au cours du Tintia , le "Chemin vert" se dirigeant vers la ferme Draguet.

 

C’était le Champ des Dix bonniers, bien marqué sur les matrices cadastrales anciennes (Matrice Popp de 1873). Cette belle terre était riche d’un limon profond dépassant plusieurs mètres dans le bas ce qui lui conférait des caractéristiques agronomiques excellentes, à la différence de la plupart des terres attenantes aux sols superficiels et chargés en grès et en argiles bruxelliens. Les propriétaires de cette terre durent pour ces raisons souvent être des gens assez aisés ; parmi eux, on compta la famille Drion-du-Chapois de Gosselies (Matrice Popp de 1873).

Pendant la deuxième moitié du 19e siècle, le Champ des Dix Bonniers fut traversé au beau milieu par la ligne de chemin de fer 119 reliant Luttre à Gosselies. La grande parcelle cadastrale fut morcelée et vendue à de nombreux propriétaires. Le morcellement existe toujours à l’heure actuelle bien que le nombre de propriétaires ait diminué. Des alignements de vieilles aubépines, courant à travers les prés en décalage avec les divisions parcellaires actuelles, soulignent encore les contours du Champ des Dix bonniers en aval de l’assise du chemin de fer, autour de l’ancienne ferme Draguet.

 

planpopp viesville 20 cms blog

Le "Plan POPP" (détail) de Viesville, on y lit :"Epaifse Taille", "Champs des Dix Bonniers", "Champ de Fayat"; on y voit , en bleu,  le cours du Tintia et le chemin des "Blanches Epines".

 

 

Les aubépines courent le long de l 'assise de l'ancienne ligne de chemin de fer  aujourd'hui envahie par la verdure

 

 Une grande partie de la superficie fut dès le début du 20e siècle consacrée à la pâture (carte IGN 1/20.000 Gouy-lez-Piéton de 1905). Il est vrai que le ravinement devait être assez problématique vu la déclivité et le caractère meuble du sol dans la partie haute de la terre. Des ruptures de pentes importantes à flanc de colline témoignent de la descente des terres, sans doute provoquée par les méthodes culturales malheureuses (labour versant de haut en bas). A noter également, la présence sous le limon d’une assise calcaire du viséen fortement affectée par une érosion de dissolution qui se marque en surface par l’apparition sporadique de phénomènes karstiques. C’est ainsi qu’au beau milieu de cette terre, à quarante mètres de l’assise du chemin de fer on peut observer trois petites dolines actives de un mètre cinquante de diamètre et de cinquante centimètres de profondeur.

 

Les dolines et leurs modes de formation

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

A l’origine, le champ des Dix Bonniers était recouvert par une forêt qui prolongeait sans doute le massif de l’Epaisse Taille vers le Nord-Ouest le long de la vallée du Tintia. Le défrichement, intervenu à une époque, pour nous inconnue, mais, antérieure au 18e siècle laissa place à des terres de cultures. Sur tout le site, les nombreux fragments de charbon de bois que l’on peut trouver à faible profondeur dans la masse du limon trahissent l’ancien essartage.  

Touchant directement aux Dix Bonniers, on trouve, à l’Ouest, le Bois de la Berlaye.

 

 

Lî bos dèl Bèrlaye : Bois de la Berlaye

 

 

Géographiquement , la Berlaye et l’Epaisse Taille se confondent.

C’est le massif boisé situé à l’angle de l’ancienne rue des Petits Sarts et du Chemin de la Chaussée, limité d’autre part par le ruisseau Piéton au Nord-Ouest. Par rapport à son extension au 18e siècle, le massif arboré connut un important défrichement dès le siècle qui suivi. Les meilleures terres sur le plateau ayant été gagnées au détriment du bois (cf le Champ des Dix Bonniers), restèrent les versants argilo-sableux, peu propices à la culture. Berlaye, v.s. Epaisse Taille ?

Comment en cent ans en est-on venu à changer le nom du lieu à ce point ? Malgré une certaine consonnance, rien ne lie les deux toponymes. Certains se perdent en conjectures et finalement n’apportent pas de solution simple acceptable pour justifier ce toponyme plus récent. Ainsi, pour Gonsette (TFE Louvain-la-Neuve, 1968), Berlaye viendrait de berle (du Latin : berula), plante ombellifère des endroits fangeux que l’on trouve encore aujourd’hui au fond de la vallée, à proximité des bords du Tintia. Le seul morceau intact du bois de la Berlaye subsiste sur une centaine de mètres de large enclavé en long entre la ligne de chemin de fer Bruxelles-Charleroi et l’ancien canal ; de vieux chênes centenaires en témoignent.

 

Tchimin des Spèsses Tailles (Rûwe Fayat) : Chemin des Epaisses Tailles

 

 

Ancienne voirie communale importante reliant Viesville-Sart avec la halte ferroviaire de la Chaussée à la limite de Pont-à-Celles (ligne Charleroi-Bruxelles). Ce chemin, longeant anciennement le bois de l’Epaisse Taille se termine en cul-de-sac au pied de la réserve à trois cent mètres plus loin du croisement d’avec la rue des Petits Sarts. C’est par ce chemin que l’on accède encore aujourd’hui au verger des Dix bonniers. Malgré le bouleversement des travaux, la rue de la Chaussée existe toujours à Viesville pour sa dernière portion, aux confins de la station de la Chaussée, sous le nom de rue de Faya.

Notons qu’en 1873, la rue de la Chaussée n’était qu’un petit chemin privé traversant en plein plusieurs parcelles cadastrales (Plan Popp de 1873). Il est vrai que la ligne de chemin de fer de Bruxelles venait juste d’être construite et qu’il fallu sans doute un peu de temps pour que la communauté viesvilloise prenne conscience de l’intérêt à établir une voie de communication officielle vers la halte de la Chaussée.  

 

 

Faya (avec ou sans « t » à la fin, selon les époques et les auteurs)

 

 

Basses terres humides situées au confluant entre le Piéton et le Tintia, à la limite de Pont-à-Celles. On sait que le terme fays désignait anciennement un bois peuplé de hêtres. Cette essence est exigeante quant à la qualité et la profondeur du sol et à ses réserves hydriques. C’est précisément, ces conditions que l’on rencontre à Faya. Une hêtraie recouvrait sans doute cet endroit. Mais, elle avait déjà disparu sur la carte de cabinet de Ferraris (1771-1778). Le site de Faya fut profondément défiguré par la révolution industrielle : deux voies d’eau artificielles, deux lignes de chemin de fer, une boulonnerie, une usine d’engrais, un coron et une route provinciale. 

 

 

Lî bos d'Blanc Sîre : Bois du Blanc Sîre

 

 

C’est la partie inférieure du bois de la Berlaye, touchant le Piéton et le chemin de fer. En raison des droits de propriétés que Mr Delforges, Sire de son prénom, notable local, dit le Blanc Sîre, possédait sur le bois.

D’après les anciens, le vieux Delforges, Sîre de son prénom, avait des cheveux blanc. D’où peut-être ce surnom de Blanc Sîre. D’autres attribuent ce qualificatif à la couleur de ses chemises,  signe d’une certaine aisance pour l’époque. Le patronyme Delforges fut longtemps lié à la vie politique de la commune de Viesville. Il nous a donné deux bourgmestres curieusement de tendances politiques opposées et provenant d’origines familiales différentes (Cercle d’Histoire de P.-à-C., 2004) .

 

 

Lî grand poplî : le grand peuplier

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vieux peuplier euraméricain (Populus x canadensis) planté au début du 20e siècle à la limite de parcelles agricoles morcelées touchant directement au Champ des Dix Bonniers. Cet arbre isolé d’une circonférence exceptionnelle de 418 cm à 1,50 m de haut (2005) et d’une hauteur de 35m aurait reçu la foudre à trois reprises. Le dernier coup de foudre, survenu pendant les années 1970, lui a ôté un tiers de sa ramure, si bien qu’il apparaît actuellement un peu déséquilibré. Une longue cicatrice, en voie de fermeture complète, court depuis son sommet jusqu’à presque sa base et témoigne de cet incident. Il marque les Dix Bonniers de son imposante présence. Le Grand poplî vient récemment (2004) d’être classé arbre remarquable par la Région wallonne. 

Au Nord des Dix Bonniers, tout au fond de la vallée du Tintia, serpente le Chemin Vert ou Chemin des Blanches Epines.

 

 

Lès Blankès Spènes : les Blanches Epines

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ancienne désignation du Chemin Vert, jusqu’au 19e siècle, sans doute en raison de la présence de nombreuses aubépines menées sous forme de haies. L’endroit était en effet riche en prairies ceinturées par des haies, surtout dans le bas de la vallée touchant au Tintia (carte IGN 1/20.000 Gouy-lez-Piéton de 1873, carte de cabinet de Ferraris). 

 La principale raison d’être de ces haies fut de retenir les terres dans leur descente vers le fond de la vallée ; il ne s’agissait pas anciennement de pâtures mais, de cultures. Aujourd’hui, le Chemin Vert est interrompu quelques centaines de mètres après la fin du bas du champ des Dix Bonniers.

 

 

Lî Tchimin d'Fiêr : le Chemin de fer

 

 
L'assise de la ligne de chemin de fer n° 119, devenue aujourd'hui chemin d'accès à la réserve naturelle de Viesville.

 

Ancienne ligne n°119, chemin de fer reliant autrefois Châtelet à Luttre. Cette ligne est désaffectée depuis plus de cinquante ans. Une gare située rue de la station à Viesville, maintenant rue Albert 1er, drainait avant guerre quotidiennement de nombreux travailleurs et écoliers viesvillois qui voulaient se rendre dans l’agglomération carolorégienne. Cette ligne, construite dans les années 1860, fut définitivement interrompue et abandonnée suite aux travaux d’élargissement du canal Charleroi - Bruxelles.    

 

 

Lî bos d'L'ayeû : Bois de l'Aïeul

Lî bos du Paveû (lî bos Boudârt) : Bois du Paveur ou bois Bodart

 

 

Toponymes dont l’origine et la localisation sont incertaines ; ils auraient été situés quelque part entre l’Epaisse Taille, les Dix Bonniers et le Champ de Faya. Ces deux massifs boisés ont déjà disparu bien avant 1950. Les plus anciens habitants , interrogés par G. Gonsette (1968) ne semblent pas se souvenir avec précision des lieux. On sait seulement qu’un certain Bodart ayant vécu à cheval sur le 19e  et le 20e siècle, paveur de son état, aurait donné son nom au bois en tant que propriétaire.

 

 

"LES BROUTEUSES  " . Juillet 2006, vue du verger des Dix Bonniers en direction de l'Est.

 

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Viesville - 6230 , province de Hainaut, vue vers le centre du village.

 

Commentaires

Félicitations pour votre site très intéressant. Vieux viesvilois de 64 ans, je crois me souvenir que le Paveû auquel vous faites allusion relativement au bois "Bodart" s'appelait en fait Boudart. Des descendant existent encore qui pourraient vous donner de plus amples informations

Écrit par : Michel Barry | 25/01/2009

La ferme Draguet... La ferme Draguet,,, que de souvenirs !
Je devais avoir 10 ans. Les fermiers avaient une enfant agée de 1 ou 2 ans, je ne me souviens plus très bien. Pendant les vacances scolaires, l'après-midi, Madame Draguet installait sa petite fille dans une poussette et je promenais cette enfant pour l'endormir dans la rue du Vert Chemin qui était un chemin de terre à cette époque. Mais j'imagine qu'il ne l'est plus...
Après la promenade Madame Draguet me beurrait une tartine qu'elle découpait d'un grand pain rond. J'ai parfois l'impression quand j'y pense d'encore en ressentir le goût... ;-)
Que de souvenirs !

Écrit par : Rob | 17/04/2009

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